de Gainsbourg à Gainsbarre, en passant par Sfar

J’ai découvert Gainsbourg sur le tard, lorsqu’il a sorti son ultime album en 1987 (You’re under arrest) et qu’il a enchainé avec un concert mythique (Le Zenith de Gainsbourg). A l’époque Gainsbourg était définitivement devenu Gainsbarre, un vieux pervers qui marmonnait des propos incohérents sur les plateaux TV et qui n’hésitait pas à sortir les pires saloperies pour s’amuser (« I want to fuck you » adressé à Withney Houston). Je me souviens de son opération du foie puis de sa « résurrection » en 1989, sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, où un nouveau Gainsbourg était apparu, rasé de près,  surexcité et sobre,  enchainant les blagues devant un Gildas médusé. Mais ce n’était qu’un sursis : Gainsbourg se remettait à boire et à fumer, et mourrait en 1991.

le vrai Gainsbarre, fin des années 80

Un personnage fascinant dont j’ai parcouru la discographie à rebours, découvrant le Gainsbourg Reggae, le Gainsbourg Rock, le Gainsbourg Yé-yé, le Gainsbourg Jazz… Comment a-t’il pu s’investir dans autant de styles musicaux, comment a-t’il fait pour séduire autant de belles femmes, pourquoi était-il aussi méchant ? Cet homme est un mystère ! Ce qui est sûr, c’est que c’était un compositeur et un parolier de génie, qui a marqué de son empreinte la chanson française, en collaborant avec un nombre impressionnant de chanteuses (de Michèle Arnaud en 1958 à Vanessa Paradis en 1990).

Gainsbourg, vie héroïque permet de revenir sur la vie de ce marginal. C’est un film ou plutôt un « conte » de Joann Sfar (auteur de BD prolifique), qui ne se veut absolument pas biographique. C’est un peu comme un livre d’images, qui permet de revoir la carrière de Gainsbourg, de ses débuts comme pianiste de jazz à la fin de sa vie comme artiste décadent et provocateur.

Gainsbourg Juliette Greco

Gainsbourg (Eric Elmosnino) et Juliette Greco (Anna Mouglalis)

Au fil des années, Gainsbourg rencontre un nombre impressionnant de belles femmes, qui défilent à l’écran (Greco, Bardot, Birkin, Bambou) et se transforme peu à peu en Gainsbarre. Le film est surtout une succession de sketchs. Si la première partie est passionnante, où l’on voit un pianiste maladroit et introverti se transformer en libertin et star du show bizz, la deuxième partie est moins palpitante et se résume à quelques images (Gainsbourg à l’hôpital, Gainsbourg chantant la Marseillaise, Gainsbourg plaqué par Birkin…).

Gainsbourg et Bardot (Laetitia Casta)

Gainsbourg et Bardot (Laetitia Casta)

Joann Sfar livre très peu de clés pour comprendre son personnage et on reste sur sa faim à ce niveau. On ne saura pas d’où il puise son incroyable inspiration ni pourquoi il s’est auto-détruit à la fin de sa vie. Les proches et les amis sont à peine évoqués, et on ne verra Charlotte qu’une fois.

plaqué par Birkin, Gainsbourg est difinitivement devenu Gainsbarre

plaqué par Birkin, Gainsbourg est définitivement devenu Gainsbarre

Le film nous plante aussi un peu abruptement, avec le couple Gainsbourg-Bambou et la naissance du petit Lucien. On ne suivra pas le héros jusqu’à la fin ultime et à la période « You’re under arrest ».

Il n’empêche que ce film est un vrai plaisir, grâce à ses interprètes (Eric Elmosnino, incroyable mimétisme avec Gainsbourg, Laetitia Casta en Bardot) et à beaucoup de créativité (le double de Gainsbourg, sorte de Mister Hyde). Un bel hommage, mais qui survole le sujet. Fallait-il se focaliser sur une seule période historique (comme ce qui a été fait pour Coluche) ? Pas évident, la vie de cet homme nécessiterait plusieurs films, et encore pas sûr qu’on en comprenne toutes les contradictions.

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Gainsbourg vie héroïque
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